
Dans les murs de l’école des Grès, des centaines d’enfants ont grandi sous le regard de Bruno Touzet. Durant trente ans, il a accompagné les générations qui se sont succédé avec une conviction intacte : l’école est avant tout une aventure humaine. À quelques jours de son départ en retraite, il nous ouvre le livre de ses souvenirs.
Au début des années 1990, Bruno Touzet travaille comme psychologue-conseil. Son quotidien consiste alors à observer, analyser, évaluer les politiques menées en faveur des enfants. Mais au fil de ses interventions dans les écoles de Moissy, quelque chose suscite son intérêt. Derrière les portes des classes, il découvre des enseignants passionnés, des élèves qui s’éveillent, des projets qui prennent vie, alors il pousse la porte. Il passe le concours, devient enseignant et multiplie les remplacements. Très vite, il comprend qu’il a trouvé sa voie. “Une école, c’est un endroit génial”, confie-t-il encore aujourd’hui.
Après un passage dans plusieurs écoles de la ville, il rejoint l’école élémentaire des Grès en 1997. Trois ans plus tard, il en prend la direction. Une fonction qu’il n’envisage jamais comme une position hiérarchique. Ce qui l’intéresse, ce sont les projets, les idées, les possibilités offertes aux enfants. “Je suis devenu directeur pour développer des projets pédagogiques”, explique-t-il. Et des projets il y en aura beaucoup…
Faire de l’école une aventure

Pendant plus de vingt ans, Bruno Touzet va insuffler aux Grès une énergie peu commune. Sous son impulsion, les dispositifs Enfants-Médiateurs et École et Cinéma s’inscrivent durablement dans la vie de l’établissement. Les élèves découvrent le septième art autrement, apprennent à résoudre les conflits par le dialogue, réalisent des courts-métrages, filment les temps forts de l’école à travers “le Petit Grénal Vidéo”. Plus tard viendront les Chorales du Cœur, créées en 2016 avec les autres écoles de la ville, ainsi que les rencontres de baseball organisées pendant de nombreuses années.
L’environnement occupe également une place particulière dans son action. Bien avant que le sujet n’occupent le devant de la scène, les élèves apprennent déjà à observer, comprendre et respecter leur environnement. Les Grès deviennent alors la première école de la commune à composter les déchets de cantine. Les labels Ecol’O Top, E3D et EduSanté viendront saluer cette démarche, mais ce ne sont pas ces distinctions qui semblent aujourd’hui le plus compter à ses yeux. Ce dont Bruno Touzet parle le plus volontiers, ce sont des relations humaines. Les enfants, bien sûr, mais aussi les familles.
Tout au long de sa carrière, il a défendu une école ouverte, où l’on prend le temps d’échanger, d’expliquer et de construire ensemble : “On a toujours beaucoup communiqué avec les parents. » Car Bruno Touzet a toujours cherché à ouvrir l’école sur le monde.
Autant d’initiatives différentes, mais portées par une même conviction : l’école ne se résume pas aux murs d’une salle de classe. Pour lui, apprendre, c’est aussi créer, débattre, jouer, chanter, filmer, rencontrer les autres. Cette proximité a façonné l’identité des Grès au fil des années. Et lorsqu’il évoque le souvenir qu’il gardera de sa carrière, ce n’est ni un projet ni une récompense qui lui revient en tête : “Le meilleur compliment qu’on ait pu nous faire, c’est que les parents trouvaient que cette école était familiale.” Parce qu’au fond, c’est exactement ce qu’il a cherché à construire pendant toutes ces années : une école où chacun trouve sa place.
Aujourd’hui, Bruno Touzet s’apprête à refermer ce chapitre de sa vie avec émotion. Quand il regarde le chemin parcouru, un sentiment domine tous les autres : la gratitude : “Je suis reconnaissant à la vie en général de m’avoir fait rencontrer tous ces enfants, toutes ces familles et tous les gens avec qui j’ai travaillé.” Et l’école conserve, elle aussi, quelque chose de son passage. L’empreinte discrète mais durable de ceux qui ont consacré leur vie aux autres.
