Résidence d’écrivaine : écrire le monde de demain

Publié le 3 juin 2026. Mis à jour le 03 juin 2026.

Entre théâtre, intelligence artificielle et confidences adolescentes, l’autrice Natalie Rafal mène depuis plusieurs mois une résidence d’écrivaine à la Rotonde, financée par la Région Ile-de-France. Au fil d’ateliers d’écriture avec des collégiens et des lycéens moisséens, elle interroge une question vertigineuse : que devient l’humain à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Dans une salle du collège des Maillettes ou du lycée La Mare Carrée, face aux élèves, Natalie Rafal lance une question simple en apparence : “Qu’est-ce qui différencie l’humain de la machine ?”. À partir de là, la discussion glisse vers l’intime, les émotions, les rêves ou encore la solitude. Puis vient l’écriture.

Autrice, metteure en scène et directrice artistique de la compagnie Les Chants de Lames, Natalie Rafal développe depuis plusieurs années une écriture poétique tournée vers la jeunesse et les grands bouleversements contemporains. Lauréate de plusieurs prix, elle mène actuellement à Moissy une résidence soutenue par la Région Île-de-France autour d’un projet littéraire intitulé PYTH.IA.

Son texte en cours d’écriture imagine un monde où des adolescents dialoguent avec une intelligence artificielle devenue confidente, psy ou refuge émotionnel. “Beaucoup d’entre nous ne se demandent jamais ce que l’IA change réellement dans leur vie. À travers l’écriture, j’essaie de remettre la question de l’humain au centre de la réflexion”, explique-t-elle.

Une parole intime devenue matière littéraire

Pendant plusieurs semaines, les élèves ont participé à des ateliers mêlant débat philosophique, lecture et écriture. À partir d’exercices très simples — listes, inventaires, questions et pensées adressés à une IA — ces jeunes ont peu à peu accepté de partager des fragments d’eux-mêmes. “Ils découvrent qu’ils peuvent écrire, inventer des histoires, qu’ils ont de la valeur”, confie l’autrice.

Dans son œuvre en cours d’écriture “PYTH.IA”, les personnages questionnent sans cesse la frontière entre humain et machine. “Le monde va de plus en plus mal…”, lance ainsi une jeune héroïne face à une IA silencieuse. En parallèle, une adolescente mal dans sa peau rêve de devenir “moitié humaine, moitié machine”.

La résidence donnera lieu à une restitution sous forme de lectures théâtralisées et aussi podcasts enregistrés avec les élèves ainsi que la création d’une « Pythie » interactive installée à la Rotonde, capable de diffuser les textes et les voix des participants. Une manière de conserver une trace sensible de cette aventure littéraire collective.


Natalie Rafal

Chacun est infiniment précieux et possède une singularité qui constitue sa richesse, un noyau d’énergie, de créativité, une ressource dans laquelle il pourra toujours puiser. De nombreux jeunes se détournent de l’étude du français et de l’écriture. Certains souffrent de pression scolaire, ne se sentent pas à la hauteur ou ont abandonné leurs rêves et sont en mode « survie ». Finalement, lors de ces ateliers, ils réalisent qu’eux aussi ont de la valeur et des capacités. Qu’ils peuvent devenir moteur, acteur de leur vie, s’autoriser à rêver. Ils retrouvent de la confiance et de la puissance…

— Natalie Rafal

Natalie Rafal : une voix en scène

À la lisière du réel et de la poésie, Natalie Rafal donne voix aux silences. Autrice, comédienne, directrice artistique de la compagnie Les Chants de Lames, qui s’est produite à la Rotonde en février 2025, elle explore les zones de faille et de lumière, mêlant création et transmission.

Ses textes invitent à écouter ce qui d’ordinaire reste tu. “Je crois à la force de la poésie, de la légèreté, de l’humour, de la fantaisie pour parler des choses profondes.”, Natalie Rafal écrit comme on respire : avec précision, souffle, et une conscience aiguë du corps. Formée à l’école internationale de Mimodrame Marcel Marceau, nourrie aux enseignements d’ici et d’ailleurs, elle a longtemps exploré le théâtre du mouvement, de la voix et de l’âme. Elle a joué à Paris, Moscou, Singapour, Dublin, Tokyo. Mais c’est dans l’écriture qu’elle trouve une liberté plus vaste encore : “J’ai découvert que je pouvais dire davantage avec mes mots qu’avec mon corps seul.

Du corps à l’écriture, un théâtre de l’intime

Elle assure désormais la direction artistique de la compagnie Les Chants de Lames, dont elle signe les textes depuis 2003. « Il y a une fille dans mon arbre », publié chez Actes Sud-Papiers et présenté sur la scène de la Rotonde en hiver 2025, prolonge ce fil d’exploration : une pièce jeune public sur les racines, la filiation, l’émancipation. Trois représentations ont été données à Moissy, dont deux pour les scolaires. “Ce sont souvent des jeunes qui possèdent une faille, une blessure, mais qui vont réussir à trouver un chemin qui leur est propre, explorer leur propre route”, détaille-t-elle.

Natalie Rafal ne sépare jamais création et transmission. Autrice membre des E.A.T. (Écrivaines et Écrivains Associés du théâtre),
pédagogue passionnée, elle anime depuis des années des ateliers d’écriture pour tous les publics, des CP aux adultes, en passant par les personnes en situation de handicap ou encore en réinsertion : “J’aime que les textes circulent, qu’ils créent du lien, de l’estime de soi, des possibles.

Au Théâtre-Sénart, elle a aussi été invitée à intervenir lors de la conférence sur l’intelligence artificielle, aux côtés de Jean-Gabriel Ganascia. Un dialogue autour de la création littéraire à l’heure des machines.

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